Article adapté de « Cher Bertrand Valiorgue… », Principes Actifs n°19, novembre 2024, et de « Ce qu’elle fait à l’extérieur se voit à l’intérieur », Principes Actifs n°7, février 2020. Point de vue de Marie-Pierre Bachelet et de l’équipe d’Elixir Conseil.

La raison d’être d’une entreprise, c’est la phrase qui dit à quoi elle sert, au-delà du profit. Depuis la loi Pacte de 2019, elle peut être inscrite dans les statuts. Le chercheur Bertrand Valiorgue distingue quatre types de raisons d’être, et une seule engage vraiment l’entreprise à changer.

Une notion que la loi n’a pas définie en détail

La loi Pacte a modifié l’article 1835 du Code civil. Désormais, les statuts d’une société « peuvent préciser une raison d’être ». Celle-ci est « constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité ». C’est une possibilité, et la loi ne dit pas comment la rédiger.

Chaque dirigeant l’a donc comprise à sa façon. Bertrand Valiorgue est professeur de stratégie et de gouvernance des entreprises à emlyon business school. En septembre 2024, dans la Harvard Business Review France, il a analysé les raisons d’être adoptées par les entreprises françaises. Il en tire une typologie, c’est-à-dire un classement en familles.

Les quatre familles de raisons d’être

La première est la raison d’être « attrape-tout ». Elle aligne beaucoup de mots clés et cherche à plaire à tout le monde. Chacun peut s’y reconnaître, sans bien savoir ce qu’elle change.

La deuxième est la raison d’être « opportuniste ». Elle part d’un grand défi de société, comme le climat ou les ressources, et montre que l’entreprise veut y contribuer. Elle s’adresse surtout au grand public. Le lien avec ce que l’entreprise sait faire mieux que ses concurrents reste flou.

La troisième est celle « qui ne mange pas de pain ». Elle rappelle l’histoire et le savoir-faire de l’entreprise, et les inscrit dans les statuts. Elle fait consensus et ne crée aucun débat, car elle décrit ce que l’entreprise fait déjà. Selon nous, elle ressemble souvent à une simple signature publicitaire, ce que les communicants appellent une « base-line ».

La quatrième est la raison d’être « pivot ». Elle relie l’entreprise à un défi de société qui bouscule son métier et son modèle économique. Elle exprime une ambition et une insatisfaction. Pour Bertrand Valiorgue, c’est elle qui se rapproche le plus de l’intention du législateur. Il cite l’exemple de Carrefour et de son ambition d’être leader de la transition alimentaire, une raison d’être que nous avions saluée dès février 2020.

Trois questions pour tester la vôtre

Bertrand Valiorgue retient trois dimensions pour une raison d’être digne de ce nom. Nous les reprenons ici sous forme de questions à poser en comité de direction.

Si la réponse à la troisième question est non, la raison d’être risque fort de rester un exercice de communication.

Notre point de vue : le « bifidus inversé »

Chez Elixir, nous avons beaucoup travaillé sur la raison d’être, et nous partageons cette analyse. Se conformer à la loi Pacte avec un peu de communication ne suffit pas.

En 2020, Marie-Pierre Bachelet parlait de « bifidus inversé ». Autrefois, la mission d’une entreprise naissait à l’intérieur, au fil de séminaires où l’on faisait plancher les salariés. Aujourd’hui, la question vient de l’extérieur : la planète en danger, les inégalités, les clients, les salariés, et même la loi. L’entreprise qui y répond par des actes en voit l’effet en interne, sous la forme d’une fierté partagée. Ce qui se passe à l’extérieur fait du bien à l’intérieur.

Une raison d’être pivot est la seule qui produit cet effet. Elle oblige à transformer le modèle économique, ce qui suppose d’embarquer toute l’entreprise. C’est le sujet de notre article sur la raison d’être et les preuves d’engagement.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une raison d’être et une base-line ?

La base-line est une signature publicitaire, courte et faite pour être retenue. La raison d’être dit pourquoi l’entreprise existe et à quoi elle s’engage, avec des moyens. Une raison d’être qui ne fait que résumer le métier ressemble à une base-line, et c’est le type « qui ne mange pas de pain ».

Une entreprise est-elle obligée d’avoir une raison d’être ?

Non. L’article 1835 du Code civil dit que les statuts « peuvent » en préciser une. Elle devient obligatoire pour une entreprise qui veut se déclarer « société à mission », selon l’article L210-10 du Code de commerce.

Quel type de raison d’être choisir ?

Bertrand Valiorgue écrit qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise raison d’être. Pour transformer l’entreprise face à un défi qui la touche, la raison d’être pivot est la plus utile, et la plus exigeante.

Comment Elixir peut vous aider

Elixir accompagne les comités de direction en conseil pour formuler une raison d’être et la traduire dans la proposition de valeur, l’organisation et les comptes. Découvrez notre approche du conseil en stratégie client et business model.

Pour aller plus loin, lisez aussi pourquoi vos clients se méfient de votre RSE et vous font pourtant confiance.

Sources : Principes Actifs n°7 (février 2020) et n°19 (novembre 2024) ; Bertrand Valiorgue, « 5 étapes pour définir la raison d’être de son entreprise », Harvard Business Review France, 4 septembre 2024 ; Code civil, article 1835, et Code de commerce, article L210-10 (Légifrance, consultés le 1er octobre 2026).


Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.

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