Article adapté de « Faire équipe : ce qui me meut » et de « Resouder les équipes ? Attention au bricolage », Principes Actifs n°12, septembre 2021. Point de vue d’Anne-Claire de Lavigerie.
La co-opération, écrite avec un trait d’union, désigne une équipe où chacun opère avec les autres en apportant ses différences, comme les pièces d’un engrenage. La cohésion, elle, soude les membres entre eux, au risque de les figer. Pour Elixir Conseil, une équipe qui dure se construit sur la co-opération, et ce travail commence dans les petits groupes.
Pourquoi le mot « cohésion » pose problème
Après une crise, une réorganisation ou une longue période de télétravail, beaucoup de dirigeants veulent « recréer de la cohésion ». Le mot paraît évident. Anne-Claire de Lavigerie, coach de dirigeants et autrice chez Elixir, s’en méfie.
« Cohésion n’est d’ailleurs pas pour moi le bon mot. La cohésion, ça colle, ça empêche le mouvement », écrivait-elle en 2021. Une équipe trop soudée se protège, mais elle change difficilement. Or une équipe doit souvent se transformer au moment même où l’on cherche à la ressouder.
Les gestes à la mode vont dans le même sens. Une pause café « cohésion » ou une journée de team building au vert font du bien. Selon elle, ils « adoucissent mais ne transforment pas ».
Ce que la recherche dit de l’esprit d’équipe
La littérature sur le sujet se partage entre deux approches. L’approche psychologique regarde ce que les autres apportent à chacun. L’approche sociologique regarde ce qui, dans l’environnement de travail, met chacun en mouvement.
Le milieu médical a beaucoup étudié ce qui fait une équipe. Le psychologue Denis Mellier y décrit un soignant tiraillé entre deux pôles : le patient d’un côté, les collègues de l’autre. Selon lui, cette tension partagée sert de ciment à l’équipe.
Gilles Amado et Paul Fustier, de leur côté, notent l’arrivée du mot « collectif ». Né dans le sport, il s’applique aujourd’hui aux équipes des grandes entreprises, y compris à distance. Pour ces auteurs, le collectif est la base d’une équipe qui dure.
Kurt Lewin, le fondateur de la dynamique de groupe, apporte une dernière idée. Le changement réussit mieux dans un petit groupe avant de s’étendre à un groupe plus large. Il est plus facile de faire évoluer des personnes ensemble que chacune de son côté, car le groupe réduit l’incertitude.
La co-opération, une affaire d’engrenage
Notre position découle de ces travaux. Co-opérer, c’est opérer ensemble. Cela demande d’articuler les différences et les forces de chacun, comme les dents de deux roues qui s’emboîtent. Une équipe où tout le monde pense pareil tourne peut-être sans heurt, mais elle n’avance pas loin.
Cette articulation suppose de la solidarité à l’échelle de l’équipe de terrain. Elle suppose aussi d’accepter des moments d’hésitation et des désaccords sur les règles ou les valeurs. Bien menés, ces désaccords aident l’équipe à dire ce qu’elle partage.
Il faut enfin de la douceur. Après une période difficile, chacun a besoin de compréhension pour soi et pour les autres. Cette attention rend le travail plus fluide. Elle ne suffit pas à elle seule à lancer une transformation.
Commencer par les petits groupes
L’entreprise et l’équipe de terrain n’ont pas les mêmes sujets à traiter. La direction gère les grandes questions : les locaux, l’organisation, l’engagement. La petite équipe, elle, doit d’abord retrouver une vie sociale quand on se voit moins qu’avant.
C’est pourquoi nous conseillons de suivre Kurt Lewin. Laissez le changement démarrer dans les petits groupes, là où les personnes se connaissent et travaillent ensemble chaque jour. Il s’étendra ensuite au reste de l’organisation.
Méfiez-vous aussi du bricolage. Une technique d’animation peut être utile, à condition de savoir expliquer pourquoi elle marche ou pourquoi elle échoue. Pour cela, il faut distinguer ce qui relève du travail lui-même et ce qui relève de l’organisation.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre cohésion et coopération ?
La cohésion désigne le lien qui soude les membres d’une équipe. La co-opération désigne la façon dont ils agissent ensemble en combinant leurs différences. Une équipe peut être très soudée et peu efficace si tout le monde pense et agit de la même façon.
Le team building suffit-il à ressouder une équipe ?
Il peut détendre l’ambiance et rapprocher les personnes. Il change rarement la façon de travailler ensemble. Pour cela, il faut agir sur le travail réel de l’équipe, en petit groupe et dans la durée.
Que retenir de Kurt Lewin pour manager une équipe ?
Que le changement passe plus facilement par le petit groupe. Les personnes acceptent mieux d’évoluer quand elles le font avec leurs collègues proches, qui les aident à affronter l’inconnu.
Comment Elixir peut vous aider
Elixir accompagne les dirigeants et les équipes en coaching individuel et collectif, avec une approche qui part du travail réel de chaque équipe. Découvrez notre offre de coaching.
Pour aller plus loin : faire coopérer une équipe, de la cohésion à la co-opération et servant leadership : la question « comment puis-je aider ? ».
Sources : Principes Actifs n°12 (septembre 2021) ; Anne-Claire de Lavigerie, « 7 portes ouvertes ou à ouvrir », Éditions Ovadia ; travaux de Denis Mellier, de Gilles Amado et Paul Fustier, et de Kurt Lewin, tels que cités dans Principes Actifs n°12.
Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.