Article adapté de plusieurs textes de Principes Actifs, en particulier le dossier « Resouder les équipes ? Attention au bricolage » (n°12, septembre 2021, point de vue d’Anne-Claire de Lavigerie), ainsi que des n°1, 2, 4, 5, 11, 14 et 18.

Faire coopérer une équipe, c’est permettre à des personnes différentes d’agir ensemble en combinant leurs forces. Pour Elixir Conseil, cela demande plus que de la cohésion, qui soude mais peut figer. Nous parlons de co-opération, au sens d’opérer ensemble. Elle se construit dans les petits groupes, avec un manager qui donne un cap, écoute et explique ce qui le motive.

Pourquoi les recettes ne suffisent pas

À chaque crise, la presse et les guides de management proposent des recettes pour ressouder les équipes. En 2021, après les confinements, nous avions fait le tour de ces articles. Nous y avions trouvé surtout des astuces : la machine à café, les canapés près des escaliers, les activités ludiques à distance.

Nous n’avons rien contre le bricolage. À une condition : toute technique appliquée en mode « bricolage » doit avoir son équivalent « professionnel ». Il faut savoir expliquer pourquoi elle marche, ou pourquoi elle échoue. Pour cela, nous conseillons de revenir à quelques bases solides, et de distinguer ce qui relève du travail lui-même de ce qui relève de l’organisation.

Nous avons alors cherché du côté d’auteurs plus anciens. Kurt Lewin, le fondateur de la dynamique de groupe, en fait partie. Les théories du leadership des années 1970 aussi.

Cohésion ou co-opération : ce qui fait une équipe

La cohésion est le mot qui vient le plus souvent. Anne-Claire de Lavigerie, coach et associée d’Elixir, s’en méfie : « La cohésion, ça colle, ça empêche le mouvement. » Une équipe trop soudée change difficilement.

Elle lui préfère la co-opération. Co-opérer, c’est articuler les différences et les forces de chacun, comme les dents d’un engrenage. Cela suppose de la solidarité au sein de l’équipe de terrain, et l’acceptation de quelques désaccords en chemin.

Kurt Lewin a montré que le changement réussit mieux dans un petit groupe avant de s’étendre. Le groupe réduit l’incertitude de chacun. C’est pourquoi nous conseillons de laisser le changement démarrer là où les gens travaillent ensemble chaque jour. Nous développons cette idée dans notre article cohésion ou co-opération : qu’est-ce qui fait vraiment une équipe ?

Le modèle du chimpanzé

Le paléoanthropologue Pascal Picq propose une image parlante dans son livre Les chimpanzés et le télétravail (Eyrolles, 2021). Il compare deux sociétés de singes. Chez les macaques, l’organisation est verticale, l’erreur n’est pas tolérée et l’on ne demande pas d’idées aux autres. Chez les chimpanzés, le groupe reconnaît les compétences de chacun.

À la chasse, rapporte-t-il, même un chimpanzé dominant accepte de suivre un subordonné plus habile que lui. Cette image résume bien ce que nous entendons par co-opération : laisser mener celui qui sait faire, quel que soit son rang.

Quel manager pour faire coopérer ?

Le style du manager compte beaucoup. Trois articles de notre série l’abordent sous des angles différents.

Le premier porte sur le servant leadership, ou leadership serviteur. Le manager s’y met au service de son équipe. Son réflexe tient en une question : « Comment puis-je aider ? » La série New Amsterdam, inspirée de l’histoire réelle d’un directeur d’hôpital new-yorkais, en donne une illustration. Lire servant leadership : pourquoi demander « comment puis-je aider ? ».

Le deuxième oppose deux figures de la légende arthurienne. Le manager Lancelot tire son autorité de son exemplarité et de ses résultats. Le manager Arthur la tire du projet qu’il porte. Pour nous, les périodes de transformation demandent des Arthur capables d’inventer l’avenir. L’article présente aussi cinq principes du leadership maori. Lire manager Lancelot ou manager Arthur ?.

Le troisième fait le point sur les compétences qui ont changé en vingt ans. Organiser le travail à distance, raconter l’histoire de son équipe, travailler en mode agile, entretenir la passion des autres et gérer l’incertitude en font partie. Lire les compétences clés d’un manager aujourd’hui.

Des outils simples pour faire coopérer

La co-opération passe aussi par des gestes concrets. Nous en retenons trois, chacun présenté dans un article.

Donner son « mode d’emploi » à son équipe est l’une des « portes ouvertes » décrites par Anne-Claire de Lavigerie dans son livre 7 portes ouvertes ou à ouvrir (Éditions Ovadia). Le manager explique ce qui le motive et comment il fonctionne. Il évite ainsi que chacun devine ses attentes de travers. Lire donner son mode d’emploi à son équipe.

L’atelier en binôme sur les réussites passées est une méthode d’animation que nous utilisons souvent. Deux collègues se racontent une réussite et les savoir-faire qui l’ont permise. Chacun demande ensuite à l’autre : « Et comment pourrais-tu aller plus loin ? » L’équipe ose innover parce qu’elle se sent reconnue. Lire l’atelier en binôme sur les réussites passées.

Le shadow comex associe de jeunes salariés aux réflexions de la direction. Bien mené, il crée un petit groupe où des profils différents travaillent ensemble sur la stratégie. Il demande un recrutement ouvert, un dirigeant impliqué et des ajustements réguliers. Lire shadow comex : définition et conditions de réussite.

Penser son équipe comme un personnage

Pour fixer des objectifs collectifs, Anne-Claire de Lavigerie propose un exercice simple. Il s’agit de penser son service ou son entreprise comme un personnage de roman. Quels seraient ses héros ? Quels défis aurait-il à relever ? Quels adversaires et quels obstacles trouverait-il sur sa route ?

Ces réponses aident à choisir des résolutions qui conviennent à toute l’équipe. Elles évitent aussi un écueil fréquent. Un manager qui revient de vacances plein d’énergie risque de heurter celle des autres, qui ne sont pas au même point. Le personnage commun donne un récit partagé, et chacun y trouve sa place.

Questions fréquentes

Comment faire coopérer une équipe ?

En partant du travail réel et des petits groupes, plutôt que de grandes opérations de cohésion. Le manager y contribue en expliquant ce qui le motive, en écoutant son équipe et en reconnaissant ce qu’elle réussit déjà. Le changement s’étend ensuite au reste de l’organisation.

Quelle est la différence entre cohésion et co-opération ?

La cohésion soude les membres d’une équipe entre eux. La co-opération organise la façon dont ils agissent ensemble en combinant leurs différences. Une équipe très soudée peut rester immobile, alors qu’une équipe qui co-opère sait évoluer.

Comment ressouder une équipe après une crise ?

En prenant d’abord soin des personnes, avec compréhension et douceur. Puis en relançant le travail commun en petit groupe, avec un projet clair. Les moments de détente aident, mais ils ne transforment pas à eux seuls la façon de travailler.

Le télétravail empêche-t-il la coopération ?

Il la rend plus exigeante. Le manager doit organiser la collaboration à distance et créer des occasions d’échanger. Nous traitons ce sujet dans notre dossier sur le travail hybride.

Comment Elixir peut vous aider

Elixir accompagne les dirigeants et les équipes en coaching individuel et collectif, avec une approche systémique qui tient compte de la culture de chaque organisation. Découvrez notre offre de coaching.

Sources : Principes Actifs n°1 (novembre 2018), n°2 (janvier 2019), n°4 (juillet 2019), n°5 (septembre 2019), n°11 (avril 2021), n°12 (septembre 2021), n°14 (juin 2022) et n°18 (avril 2024) ; Anne-Claire de Lavigerie, « 7 portes ouvertes ou à ouvrir », Éditions Ovadia ; Pascal Picq, « Les chimpanzés et le télétravail », Eyrolles (2021).


Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.

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