Article adapté de « Halte au neuro-washing », Principes Actifs n°3, avril 2019, et de « Formation : le réveil des neurones », Principes Actifs n°14, juin 2022.

Le neuro-washing consiste à ajouter le préfixe « neuro » à une méthode de management ou de formation pour lui donner une caution scientifique qu’elle n’a pas. Les neurosciences, qui étudient le fonctionnement du cerveau, apportent des connaissances utiles. Une découverte isolée ne devient pas pour autant une recette à appliquer telle quelle à une équipe.

Quand « neuro » devient un argument de vente

Neuromanagement, neuroleadership, neuro-pédagogie : ces mots donnent l’impression d’outils nouveaux, fondés sur une compréhension récente du cerveau. La tentation est grande de prendre une étude et d’en tirer un outil magique, à appliquer tout de suite.

Nous mettions en garde contre cette tentation dès 2019. Le danger est de récupérer trop vite une découverte biologique en oubliant le contexte : l’environnement de travail, les relations, l’histoire de chacun. Tous ces facteurs pèsent sur la motivation et sur l’apprentissage.

L’exemple de la dopamine

La dopamine est souvent présentée comme « l’hormone du plaisir ». Certains articles en concluent qu’il suffirait d’organiser l’entreprise pour que chacun en produise davantage. Le bien-être et la performance suivraient.

La réalité est plus complexe. La dopamine est une molécule qui transmet des messages entre neurones, et son effet varie selon les zones du cerveau concernées. Les travaux du neuroscientifique Wolfram Schultz, à partir des années 1990, ont montré qu’une partie de ses neurones signale plutôt un écart. Ils réagissent quand une récompense est meilleure ou moins bonne que prévu. Une récompense parfaitement attendue ne les fait presque plus réagir.

Cette découverte est passionnante, mais elle ne dit rien de précis sur la façon d’animer une réunion ou de concevoir une formation. Nous-mêmes avons cédé au raccourci du « shoot de dopamine » dans un post de 2024. L’image est parlante, mais elle va plus loin que ce que la science permet d’affirmer.

Des idées fausses très répandues

Ces raccourcis ont un nom chez les chercheurs : les neuromythes. Ce sont des idées fausses sur le cerveau, souvent nées d’une vraie découverte mal comprise.

En 2012, une étude de Sanne Dekker et de ses collègues a interrogé 242 enseignants au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Tous s’intéressaient aux neurosciences. En moyenne, ils croyaient à 49 % des neuromythes proposés. L’un des plus répandus veut que chacun apprenne mieux selon son « style » : visuel, auditif ou kinesthésique.

Un résultat surprend davantage. Les enseignants qui avaient le plus de connaissances générales sur le cerveau croyaient aussi davantage à ces mythes. L’intérêt pour le sujet ne protège donc pas des erreurs.

Notre position : regarder les sciences cognitives dans leur ensemble

Les neurosciences font partie d’un ensemble plus large, les sciences cognitives. Celles-ci réunissent la psychologie, la linguistique, l’informatique, la philosophie et l’étude du cerveau. C’est en croisant ces disciplines que l’on comprend mieux nos comportements.

Pour la formation, la psychologie cognitive nous paraît la plus utile. Elle étudie la mémoire, l’attention ou le raisonnement à partir de l’observation des comportements. Elle a montré par exemple que s’entraîner à retrouver une information aide à la retenir. Elle a aussi décrit les biais cognitifs, ces raccourcis de pensée qui nous font parfois juger trop vite.

En 2022, nous relevions un exemple de cette approche bien employée. Une formation à la cybersécurité, présentée dans Les Échos, était conçue à partir des biais cognitifs qui exposent le plus chaque salarié. Les connaissances sur le cerveau y servaient un objectif précis, dans un contexte précis.

Notre règle est simple. Une découverte scientifique est utile si on la remet en perspective, avec tout ce qui fait la vie réelle d’une équipe. C’est la démarche que nous suivons dans Qu’est-ce qui rend une formation efficace ?.

Questions fréquentes

Le neuromanagement est-il sérieux ?

Le mot recouvre des pratiques très différentes. Certaines s’appuient sur des résultats solides en psychologie, d’autres sur des simplifications abusives. Demandez toujours quelle étude précise justifie la méthode proposée.

Les styles d’apprentissage existent-ils ?

Chacun a des préférences. En 2008, Harold Pashler et ses collègues ont passé en revue les études sur ce sujet. Ils n’ont trouvé aucune preuve solide qu’adapter l’enseignement au style supposé de chacun améliore les résultats. Les chercheurs classent cette idée parmi les neuromythes.

Comment reconnaître une formation qui fait du neuro-washing ?

Méfiez-vous des promesses spectaculaires et des mots « neuro » sans référence précise. Une formation sérieuse cite ses sources et explique ce qu’elles permettent d’affirmer, et ce qu’elles ne permettent pas.

Comment Elixir peut vous aider

Elixir conçoit des formations fondées sur la mise en situation et l’entraînement, comme le jeu de rôle. Nous appuyons nos choix pédagogiques sur des résultats établis.

Sources : Principes Actifs n°3 (avril 2019) et n°14 (juin 2022) ; Sanne Dekker et al., « Neuromyths in education: Prevalence and predictors of misconceptions among teachers », Frontiers in Psychology, octobre 2012 ; Wolfram Schultz, Peter Dayan et P. Read Montague, « A Neural Substrate of Prediction and Reward », Science, vol. 275, 1997 ; Harold Pashler et al., « Learning Styles: Concepts and Evidence », Psychological Science in the Public Interest, 2008 ; Henry L. Roediger et Jeffrey D. Karpicke, Psychological Science, 2006.


Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.

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