Article adapté de « Notre perspective 2022 », Principes Actifs n°15, janvier 2023, de « Le temps du management du travail est venu », n°11, avril 2021, et de « L’étude du MIT », n°17, novembre 2023. Point de vue de l’équipe d’Elixir Conseil.

La qualité de vie au travail désigne les conditions dans lesquelles on travaille : ambiance, horaires, locaux, services. Le travail de qualité désigne la possibilité de bien faire son travail et d’en être fier. Pour Elixir Conseil, c’est par le second qu’il faut commencer. Un salarié qui peut faire du bon travail trouve plus facilement du sens et du plaisir à ce qu’il fait.

Les limites des baby-foot

Face à la fatigue, au burn-out et aux démissions, beaucoup d’entreprises ont créé des postes de « chief happiness officer », chargés du bonheur des salariés. D’autres ont installé des baby-foot ou multiplié les enquêtes de satisfaction. Ces initiatives partent d’une bonne intention. Elles ont souvent déçu.

En 2018, la philosophe Julia de Funès et l’économiste Nicolas Bouzou critiquaient déjà ces tentatives dans leur livre La Comédie (in)humaine. Selon eux, les entreprises cherchaient à rendre les salariés heureux au lieu de s’intéresser au sens de leur travail et au projet de l’entreprise.

Une formule résume ce débat : « Non à la qualité de vie au travail, oui au travail de qualité. » Elle vient de chercheurs du travail. Le psychologue du travail Yves Clot défend une idée proche dans Le travail à cœur (La Découverte, 2010). Selon lui, quand l’organisation empêche les salariés de bien faire leur travail, ce travail finit par les rendre malades.

Le retour du travail bien fait

En 2021, deux enseignants-chercheurs de la chaire « Sens et travail » de l’Icam, une école d’ingénieurs de Lille, ont publié une tribune dans Le Monde. Ils y reparlaient du « travail bien fait », une idée qu’on croyait réservée à l’artisan qui rabote sa planche.

Leur apport tient à un rapprochement original. Ils relient le travail bien fait à l’analyse de l’impact d’un produit sur toute sa durée de vie. Ils comparent deux objets : un gobelet en plastique et une belle armoire faite par un artisan. Les deux restent longtemps dans le monde une fois fabriqués. L’armoire, elle, sert pendant des années, alors que le gobelet ne sert que quelques minutes.

Les auteurs en tirent une question que nous trouvons très juste : quelle trace laissent l’usage d’un produit et la personne qui le fabrique ? Selon nous, beaucoup de salariés veulent aujourd’hui laisser une trace positive. Les mobiliser sur cette question est une piste sérieuse pour innover.

Notre point de vue : le travail est à un point de bascule

Chez Elixir, nous faisons toujours la part de deux dimensions du travail. La dimension individuelle tient aux intérêts et aux envies de chacun. La dimension collective tient aux groupes auxquels on appartient et aux valeurs que l’on porte. Le plaisir, le sens et l’énergie que chacun met dans son travail se jouent entre les deux.

Ces deux dimensions se renforcent. Plus le combat collectif est clair et cohérent, plus chacun s’y épanouit.

Nous pensons que le travail arrive à un tournant. Il a été trop découpé en tâches, à la manière de Taylor, l’ingénieur qui a organisé le travail à la chaîne. Beaucoup de salariés ne voient plus à quoi sert ce qu’ils font. Le travail est devenu trop abstrait. La sobriété et la nécessité de produire autrement pourraient redonner de la valeur à sa qualité.

Dans un numéro de prospective, en 2023, nous avions imaginé un syndicaliste de l’an 2042 qui ferait du « travail de qualité » son combat. C’était une fiction. Elle disait pourtant une conviction : défendre le droit de bien faire son travail peut rassembler salariés, indépendants et entreprises.

Et l’intelligence artificielle ?

En septembre 2023, dans l’émission « C ce soir » sur France 5, Julia de Funès voyait dans l’IA un moyen de retrouver le goût du travail bien fait. Pour elle, ces outils peuvent faire reculer les procédures excessives qui ont abîmé le travail. Nous partageons cet espoir, à une condition : que l’IA rende aux salariés du temps et des marges de décision. Nous développons ce point dans notre dossier sur l’IA générative en entreprise.

Questions fréquentes

Quelle différence entre qualité de vie au travail et qualité du travail ?

La qualité de vie au travail porte sur les conditions de travail : locaux, horaires, ambiance, services. La qualité du travail porte sur le travail lui-même et la possibilité de bien le faire. Les deux sont liées, mais agir sur la seconde a souvent plus d’effet sur le sens.

Pourquoi le « travail bien fait » donne-t-il du sens ?

Parce qu’il permet de voir le résultat de ses efforts et d’en être fier. Quand l’organisation empêche de bien faire, le salarié perd ce repère. Il risque alors de se démobiliser, voire de s’épuiser.

Que peut faire un manager pour favoriser le travail de qualité ?

Discuter avec son équipe de ce qu’est un travail bien fait, et des obstacles qui l’empêchent. Puis lever ceux qui dépendent de lui : délais, outils, procédures inutiles.

Comment Elixir peut vous aider

Elixir accompagne les dirigeants et les managers en conseil et en coaching pour remettre la qualité du travail au centre de leur organisation. Découvrez notre offre de coaching et notre approche du conseil.

Pour aller plus loin : perte de sens au travail et reconversion vers les métiers manuels.

Sources : Principes Actifs n°11 (avril 2021), n°15 (janvier 2023) et n°17 (novembre 2023) ; Julia de Funès et Nicolas Bouzou, « La Comédie (in)humaine » (2018) ; Yves Clot, « Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux », La Découverte (2010) ; chaire « Sens et travail » de l’Icam, tribune au Monde (2021).


Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.

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