Article adapté de plusieurs textes de Principes Actifs : « De délicates ruptures dans nos civilités » (n°8, avril 2020), « Extension du domaine de la machine à café » et « Les superpouvoirs de la présence » (n°9, juillet 2020), « … les clés pour sortir de la fatigue Covid » et « … l’année du plus jamais seuls » (n°10, décembre 2020), « Resouder les équipes ? Attention au bricolage », « Des mètres carrés pour ceux qui ne font rien » et « Les full remote en redemandent » (n°12, septembre 2021). Points de vue d’Anne-Claire de Lavigerie et d’Anne Belet.

Le travail hybride est une organisation où les salariés partagent leur temps entre le bureau et un autre lieu, le plus souvent leur domicile. Le présentiel y garde un rôle précis. Il sert aux échanges informels, à la créativité et à tout ce qui passe par le langage du corps. Le travail courant, lui, se fait très bien à distance.

La bonne question : quel est le meilleur endroit pour faire quoi ?

Pendant la crise sanitaire, chacun a constaté qu’on pouvait travailler de partout, en tout cas pour la plupart des emplois de bureau. La technique a tenu. Le débat « présentiel ou distanciel » a donc perdu de son intérêt.

Dès juillet 2020, nous posions une autre question dans Principes Actifs : quel est le meilleur endroit pour faire quoi ? Elle reste la plus utile pour organiser une équipe.

Pour expédier les affaires courantes, aller à l’essentiel et éviter les pertes de temps, le travail à domicile convient bien. Les réunions en visioconférence y sont courtes et efficaces. Un espace de travail partagé près de chez soi peut aider quand le logement est trop petit.

Pour prendre du recul, préparer un budget ou tirer les leçons d’un projet, il faut au contraire du hasard et de l’informel. On a besoin de croiser des collègues, d’entendre une remarque en passant, de rebondir sur une idée. C’est ce que le bureau sait offrir.

Ce que le travail à distance a changé pour de bon

Le télétravail s’est installé durablement. Selon la Dares, le service statistique du ministère du Travail, 9 % des salariés télétravaillaient en 2019. Ils étaient 31 % en 2021 et 26 % en 2023, avec des rythmes de un ou deux jours par semaine pour beaucoup d’entre eux.

Le travail à distance a aussi mis fin à une habitude ancienne, le présentéisme. Ce mot désigne le fait d’être au bureau surtout pour se montrer, parfois tard le soir, pour avoir l’air de travailler beaucoup. Quand seul le résultat compte, cette mise en scène perd tout intérêt.

Venir au bureau change donc de sens. On y vient pour retrouver ses collègues, pour se ressourcer, et pour les tâches qui demandent d’être ensemble. Un manager dont l’équipe s’ennuie au bureau et s’épanouit à distance a raison de s’en inquiéter.

Ce que le présentiel apporte

Le premier apport du présentiel est le langage du corps. Les gestes, les regards et les silences portent une grande part de ce que nous communiquons. Ils passent mal par un écran. Sur place, nous retrouvons l’usage de nos cinq sens.

Le deuxième apport est l’intelligence collective. Réfléchir à plusieurs, sentir qu’une idée prend, oser une intuition : tout cela se fait plus facilement dans une même pièce.

Le troisième apport est plus discret. Le bureau rend visible le travail réel, celui qui crée de la valeur. Le professeur Pierre-Yves Gomez, de l’EM Lyon, notait en 2020 que la période avait rendu au travail réel « une présence qu’il avait perdue ».

Le présentiel a aussi un prix. Une journée de visioconférences fatigue, et un bureau où l’on se contente de reproduire ces visios sur place n’apporte rien de plus. La présence n’a d’intérêt que si elle sert à ce qu’on ne peut pas faire à distance.

Les cinq sujets à traiter pour réussir le travail hybride

Rituels managériaux. Une équipe hybride a besoin de rendez-vous réguliers et prévus à l’avance : points d’équipe, entretiens individuels, retours sur le travail, remerciements. Ces gestes simples remplacent les petits échanges qui se faisaient seuls au bureau. Nous détaillons ces rituels dans notre article sur les rituels managériaux pour une équipe hybride.

Fatigue visio. Les réunions en visioconférence épuisent plus qu’une réunion autour d’une table. Le cerveau travaille plus pour décoder des signaux qu’il capte mal. Nous expliquons les raisons de cette fatigue et les moyens de la réduire dans Fatigue visio : pourquoi les réunions à distance épuisent.

Salariés à 100 % à distance. Certains salariés travaillent entièrement à distance et souhaitent continuer ainsi. Il faut les garder dans le collectif sans les forcer à revenir. C’est le sujet de notre article Salariés 100 % à distance : comment les garder dans l’équipe.

Bureau hybride. Les surfaces de bureau diminuent, mais celles qui restent doivent servir aux échanges libres et à la pause. Les managers ont un rôle dans cette appropriation. Voir Le bureau, lieu de la collaboration informelle.

Malentendus à distance. Les réunions à distance multiplient les malentendus, parce qu’une partie des signaux se perd. Chaque entreprise gagne à faire le point sur ses non-dits. Nous en parlons dans Malentendus à distance : l’anthropologie des non-dits.

Notre perspective : se méfier des recettes et raconter un projet commun

En 2021, notre revue de presse sur le retour au bureau n’a rapporté que des recettes : canapés près des escaliers, activités ludiques à distance, machine à café. Anne-Claire de Lavigerie le résumait ainsi : pour ressouder une équipe, un poste à souder ne sert à rien. Toute technique de « bricolage » doit avoir son pendant professionnel. Il faut savoir expliquer pourquoi elle marche, ou pourquoi elle ne marche pas.

Elle relevait aussi un point qui reste vrai. La répartition entre jours au bureau et jours à distance est devenue un sujet de compétitivité pour les entreprises. Elle pèse sur les coûts, sur la productivité et sur la capacité à attirer des talents.

Anne Belet ajoutait une idée simple. Ce qui relie une équipe dispersée, c’est un récit commun : ce que l’on va faire ensemble, et pour quoi on se bat. Un tel récit fait passer un groupe de personnes isolées à un vrai collectif, même à distance.

Questions fréquentes

Combien de jours de présentiel faut-il prévoir dans une semaine ?

Il n’existe pas de chiffre idéal. Partez des tâches de l’équipe : celles qui demandent des échanges libres, de la créativité ou de la confiance se font mieux sur place. Fixez ensuite les jours de présence autour de ces moments.

Comment donner envie aux salariés de revenir au bureau ?

En faisant du bureau un lieu où il se passe ce qui ne se passe pas à distance. Si les salariés viennent pour enchaîner des visioconférences, ils ne verront pas l’intérêt du trajet. Les moments de rencontre, de travail collectif et de pause partagée donnent une raison de venir.

Le travail hybride convient-il à tous les métiers ?

Non. Il concerne surtout les emplois de bureau. Dans une même entreprise, certains salariés peuvent travailler à distance et d’autres non, ce qui demande une attention particulière à l’équité entre les équipes.

Comment Elixir peut vous aider

Elixir accompagne les directions en conseil pour organiser le travail hybride à partir des tâches réelles de chaque équipe. Nous accompagnons aussi managers et équipes en coaching pour retrouver un fonctionnement collectif, au bureau comme à distance.

Sources : Principes Actifs n°8 (avril 2020), n°9 (juillet 2020), n°10 (décembre 2020) et n°12 (septembre 2021) ; Pierre-Yves Gomez, cité dans le n°9 ; Insee, « Pratique du télétravail », d’après les enquêtes Conditions de travail de la Dares 2019, 2021 et 2023 (publication du 14 octobre 2025).


Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.

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