Article adapté de « Les superpouvoirs de la présence », Principes Actifs n°9, juillet 2020.
La fatigue visio, aussi appelée « fatigue Zoom », est l’épuisement que l’on ressent après une suite de réunions en visioconférence. Elle vient surtout du langage du corps, que l’écran transmet mal. Le cerveau doit faire plus d’efforts pour capter les gestes, les regards et les silences, et cet effort fatigue.
Le langage du corps passe mal par l’écran
Quand nous parlons avec quelqu’un, nous ne faisons pas qu’écouter ses mots. Nous regardons son visage, ses mains, sa posture. Nous sentons si la personne est d’accord, gênée ou pressée. Cette partie de la communication est essentielle, et elle se fait presque sans y penser.
À l’écran, ces signaux arrivent en petit, avec un léger décalage, parfois coupés par la connexion. Comme nous l’écrivions dès juillet 2020, on mobilise alors plus de concentration pour repérer tous les signaux faibles. C’est cette concentration permanente qui épuise. Une réunion d’une heure en visio peut fatiguer bien plus qu’une heure de réunion autour d’une table.
Quatre causes repérées par la recherche
En 2021, Jeremy Bailenson, professeur à l’université Stanford, a proposé quatre explications à la fatigue visio. Il les a publiées dans la revue scientifique Technology, Mind, and Behavior.
La première est le regard trop proche. En visio, les visages apparaissent en gros plan et semblent nous fixer en permanence. Dans la vraie vie, un tel regard est réservé aux moments de grande intimité ou de conflit.
La deuxième est la charge mentale. Il faut faire plus d’efforts pour envoyer et recevoir des signaux : hocher la tête de façon exagérée, regarder la caméra, deviner ce que pense l’autre.
La troisième est le miroir. Voir sa propre image pendant des heures pousse à se juger sans cesse, ce qui fatigue.
La quatrième est l’immobilité. Rester dans le champ de la caméra empêche de bouger, de marcher ou de se lever.
L’auteur précisait que ces explications reposaient sur des travaux déjà connus, mais qu’elles restaient à tester directement sur la visioconférence. Elles donnent pourtant des pistes concrètes.
Ce que l’on peut faire pour réduire la fatigue visio
Chaque cause appelle une réponse simple. Pour réduire le regard trop proche, on peut afficher la fenêtre en plus petit ou s’éloigner un peu de l’écran. Pour éviter le miroir, la plupart des logiciels permettent de masquer sa propre image. Pour bouger, on peut prévoir des réunions en audio seul, où l’on marche en parlant.
Le plus efficace reste d’organiser le travail. Toutes les réunions n’ont pas besoin de caméra. Toutes n’ont pas besoin de durer une heure. Des pauses de quelques minutes entre deux visios permettent de souffler.
Le manager a ici un rôle. Il peut fixer des règles d’équipe : pas de réunions collées les unes aux autres, la caméra en option pour certains points, des formats courts pour les sujets simples.
Notre perspective : séparer les modes de travail
En 2020, nous pensions que la fatigue visio diminuerait à mesure que les équipes sauraient séparer les modes de travail. Nous le pensons toujours.
La visio est excellente pour le travail procédural, c’est-à-dire les tâches qui suivent une règle connue : faire un point, valider une décision, partager une information. Elle épuise quand on lui demande ce qu’elle fait mal, comme créer ensemble, négocier un désaccord ou sentir l’état d’une équipe.
Pour ces moments, le présentiel apporte ce que nous appelions ses « superpouvoirs » : nos cinq sens, notre intuition, l’intelligence collective et la créativité. Réserver le présentiel à ces moments-là, et la visio aux échanges courts, protège à la fois l’énergie et la qualité du travail. C’est l’idée que nous développons dans notre article Travail hybride : à quoi sert vraiment le présentiel.
Questions fréquentes
La fatigue visio est-elle une maladie ?
Le terme décrit une fatigue liée à une façon de travailler, sans valeur de diagnostic médical. Si l’épuisement dure, s’accompagne de troubles du sommeil ou d’un mal-être, il faut en parler à la médecine du travail.
Faut-il obliger les participants à allumer leur caméra ?
Pas forcément. La caméra aide pour les réunions où l’on doit se comprendre finement. Pour un point d’information, l’audio suffit souvent et réduit la fatigue. Le mieux est de fixer une règle claire avec l’équipe.
Combien de visioconférences par jour sont raisonnables ?
Il n’existe pas de seuil scientifique précis. Le bon repère est l’état de l’équipe en fin de journée. Si les réunions s’enchaînent sans pause, réduisez leur durée et leur nombre avant de chercher d’autres solutions.
Comment Elixir peut vous aider
Elixir aide les managers et les équipes, en coaching, à choisir le bon format pour chaque type d’échange. Nos conseils rejoignent ceux de notre article sur les rituels managériaux pour une équipe hybride.
Sources : Principes Actifs n°9 (juillet 2020) ; Jeremy N. Bailenson, « Nonverbal Overload: A Theoretical Argument for the Causes of Zoom Fatigue », Technology, Mind, and Behavior, vol. 2, n°1, février 2021.
Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.