Article adapté de « Nouveau phénomène : les full remote en redemandent » et « Camarade : le mot qui revient en force ! », Principes Actifs n°12, septembre 2021.
Un salarié en « full remote » travaille entièrement à distance, sans venir au bureau, à la différence du télétravail partiel qui alterne bureau et domicile. Le garder dans l’équipe demande de comprendre ce qui le motive et de faire exister le lien entre collègues sans compter sur les rencontres au bureau. La question à se poser avec lui est simple : a-t-on besoin de se voir pour que le travail reste enrichissant pour les deux ?
Qui sont les salariés 100 % à distance ?
Le travail entièrement à distance existait avant la crise sanitaire, surtout dans les jeunes entreprises du numérique et chez les « nomades numériques ». Ce sont des travailleurs, souvent indépendants, qui n’ont besoin que d’un ordinateur et d’une connexion internet.
La crise l’a fait connaître à beaucoup d’autres salariés. Certains y ont pris goût. Pendant la crise sanitaire, le baromètre Empreinte humaine réalisé avec OpinionWay indiquait que 69 % des salariés en télétravail complet voulaient continuer ainsi. Aux États-Unis, une enquête relayée par Bloomberg en 2021 montrait que 39 % des salariés envisageaient de quitter leur emploi si leur employeur n’était pas souple sur le télétravail. D’après la même enquête américaine, la première motivation de ces salariés était d’éviter les transports.
Ce groupe reste minoritaire en France. Selon la Dares, le service statistique du ministère du Travail, 5 % des salariés télétravaillaient au moins trois jours par semaine en 2023, contre 18 % en 2021. Il pose pourtant une question qui concerne toute l’équipe.
Le risque : deux équipes dans une seule
Dans une même équipe, on trouve désormais des salariés qui ont besoin de la sécurité du bureau et d’autres qui ne veulent plus y venir. Sans attention, deux groupes se forment. Ceux qui se croisent au café partagent des informations que les autres ne reçoivent jamais. Les décisions se prennent parfois dans le couloir, sans ceux qui sont loin.
Le salarié à distance se sent alors oublié. Les collègues sur place, eux, peuvent avoir le sentiment qu’il bénéficie d’un avantage. C’est un terrain propice aux malentendus, que nous décrivons dans notre article sur les malentendus à distance.
La camaraderie, ce que l’on vient chercher au bureau
En 2021, un mot revenait dans les études sur le retour au bureau : la camaraderie. Selon une infographie de l’éditeur de logiciels Protime publiée cette année-là, la vie sociale avec les collègues était la première raison de venir au bureau pour 55 % des salariés.
Derrière ce mot, nous voyons deux choses. Il y a le projet commun, qui soude une équipe. Il y a aussi l’affection qui naît de l’habitude d’être ensemble. Le salarié à 100 % à distance perd la seconde. Le manager doit donc renforcer la première, et trouver d’autres façons de faire vivre la seconde.
Ce que le manager peut faire
Le premier pas est une conversation. Demandez au salarié ce qui le motive dans son travail, au-delà du confort d’éviter les trajets. Ce qui le pousse à bien travailler peut vous surprendre.
Ensuite, organisez l’information pour que personne ne dépende du hasard. Les décisions sont écrites et partagées. Les réunions d’équipe se tiennent à distance pour tous quand une partie de l’équipe est loin, afin que chacun parle à égalité.
Prévoyez aussi quelques rencontres. Une ou deux fois par an, un séminaire ou une journée de travail commune donne des visages aux noms. Ces moments rares comptent beaucoup s’ils sont bien préparés.
Enfin, reliez le travail du salarié au projet de l’équipe. Il doit voir à quoi sert ce qu’il fait et qui en profite. C’est ce qui remplace le mieux la camaraderie du bureau. Les rendez-vous réguliers que nous décrivons dans rituels managériaux pour une équipe hybride y aident.
Questions fréquentes
Un salarié peut-il exiger de travailler 100 % à distance ?
En France, l’article L1222-9 du Code du travail prévoit que le télétravail se met en place par accord collectif ou, à défaut, par une charte de l’employeur. Sinon, l’employeur et le salarié formalisent leur accord. Les règles dépendent donc de chaque entreprise. Pour une situation précise, renseignez-vous auprès de votre service des ressources humaines ou d’un juriste.
Le travail 100 % à distance nuit-il à la performance ?
Cela dépend du poste et de l’organisation. Les tâches individuelles et bien définies se font très bien à distance. Les tâches qui demandent de créer ou de décider ensemble souffrent davantage de l’absence de rencontres.
Comment intégrer un nouveau salarié qui travaille entièrement à distance ?
Prévoyez si possible ses premiers jours sur place, avec l’équipe. Désignez un collègue référent qu’il peut solliciter sans crainte de déranger. Multipliez les points courts pendant les premières semaines.
Comment Elixir peut vous aider
Elixir accompagne les managers en coaching pour animer des équipes où se mêlent présence et travail à distance. Notre article Travail hybride : à quoi sert vraiment le présentiel donne une vue d’ensemble du sujet.
Sources : Principes Actifs n°12 (septembre 2021) ; baromètre Empreinte humaine et OpinionWay (décembre 2020) et enquête relayée par Bloomberg (2021), cités dans le n°12 ; infographie Protime (2021), citée dans le n°12 ; Insee, « Pratique du télétravail », d’après les enquêtes de la Dares 2021 et 2023 (publication du 14 octobre 2025) ; Code du travail, article L1222-9 (consulté le 1er octobre 2026).
Nous avons repris les grands thèmes de nos newsletters Principes Actifs pour montrer que ces questions restent d’actualité.